• Jours paisibles a La Paz.

    Chili, Santiago

    Installee depuis plusieurs jours a La Paz, je me repose du vagabondage, en experimentant une autre forme de celui-ci. Mes pas (de geante?) me menent en quelques heures de la moiteur de la proliferante et neanmoins fragile Amazonie vers les froids cinglants des fjords patagoniens. J'embarque sur un baleinier dans "Le monde du bout du monde" et un peu plus tard, plonge dans une riviere pour pecher de succulents crabes en compagnie des indiens Shuars et du "Vieux qui lisait des romans d'amour". Jolies excursions qu'offrent ces recits simples et  vivants de Luis Sepulveda. La dimension peut-etre didactique, sensibiliser a la richesse et fragilite de certains ecosystemes, est largement rattrapee par la truculence et integrite de personnages qui sont portes autant par de reelles aventures que par un appel du large prenant sa source sur des pages de papìer.

    La Paz. Quelques images. Au loin, les hauts sommets recouverts de neige. Tout autour, des flancs de montagne, se decoupant souvent sous forme de falaises, au sommet desquelles se dressent quelques grands arbres, flancs donc, recouverts de batiments en briques rouges: souci esthetique ou economique, que cette absence de revetement des facades? Dans le creux de la ville: les grands immeubles qui brouillent parfois le panorama. Mais que ferait une capitale sans ses espaces de modernite? La foule qui fourmille dans certaines rues, parmi les etals rudimentaires de marchandes de legumes, de pain, de jus de fruits, de cremes visqueuses, de babioles, de fringues. Les trottoirs en pente, encombres, cernes de pres par les minibus envahissants et bondes, a la porte desquels s'accroche un employe helant bruyamment les passants pour les transporter vers les lieux escarpes de la ville. Se frayer un chemin parmi ces encombrements est parfois usant. Si bien que je dirais que La Paz, malgre certaines beautes, n'est pas caracterisee par sa douceur de vivre.  J'y passe neanmoins plusieurs jours sans y trouver facilement des lieux de sortie sympatoches ou il serait aise de faire des rencontres. Mais pourquoi n'y a-t-il pas des Chez Adel dans toutes les villes du monde? Si bien que je crois que j'ai epuise mon quota de solitude et que je vais aller voir ailleurs d'ici 2-3 jours, une fois que j'aurai profite ce we, de la fete de la musique a l'Alliance Francaise.

    Ces derniers jours, je suis egalement revenue sur mes pas, vers la captivante Buenos Aires, grace au roman du recemment decede Ernesto Sabato: "Heros et tombes". Un grand roman, avec une premiere partie presque classique: l'histoire d'une passion amoureuse devastatrice, la quete impossible du jeune Martin pour s'approcher de l'ame de son aimee fuyante, enigmatique, torturee. Un traitement narratif caracterise par un realisme et une forme de moralisme psychologiques, qui font toujours plaisir quand ils sonnent juste. Le recit prend une autre dimension dans sa partie centrale, avec le journal de bord d'un des personnages, le pere de la femme aimee par Martin, journal d'un fou paranoiaque (ou visionnaire?), sorte de thriller hallucine, sombre et absurde et de ce fait parfois drole, enquete au sein de la secte fantasmee des aveugles, censee gouverner le monde. Le roman atteint alors des dimensions presque mythologiques, qui donnent une lumiere sombre sur les developpements psychologiques et historiques des autres parties.

    Et puis il y a aussi "Le passe", d'un auteur argentin d'aujourd'hui, considere par Bolaño, un chilien auteur de "Les Detectives sauvages", (qui trouve sans interet les ecrits de Isabel Allende) comme un des plus grands auteurs vivants d'Amerique Latine. Et puis Blonde, la biographie romancee de Marilyn Monroe, mais j'en parlerai peut-etre une autre fois.

    Hasta luego.


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