• "No olvidamos que somos que comemos"

    "N'oublions pas que nous sommes ce nous mangeons" (citation extraite d'un article de l'edition bolivienne du Monde Diplomatique.

    Je ne sais pourquoi je craignais avant d'arriver en Bolivie que mon estomac y soit soumis a rude epreuve. En realite, il n'en est rien, je suis comblee et retrospectivement, meme plus qu'en Argentine ou l'offre de legumes dans les restos etait finalement limitee (en general, quelques feuilles de salade, rondelles de tomate et oignons ainsi que les inevitables patates frites. Dans les marches, l'offre etait plus large).

    Ici, il est facile de manger pour un ou deux euros (notamment dans les marches, ou avec un equipement rudimentaire d'un ou deux rechauds et quelques marmites, les cuisinieres s'en sortent tout a fait bien) un repas complet compose d'une riche soupe de legumes (dont la composition peut etre declinee quasi a l'infini) et d'un plat de viande ou poisson, voire un petit dessert (creme, gateau, salade de fruit....). Je me rejouis particulierement ici de la variete des soupes (veloutees ou non), aux legumes parfois inconnus sous nos contrees.

    Et a propos de legumes, j'en profite pour une digression sur l'agriculture dans le pays (inspiree de la lecture de l'article du Diplo). 42% de la population active en Bolivie travaille dans le secteur agricole (c'est le secteur appele "campesino indegina", en gros les paysans indigenes pauvres, travaillant notamment dans les montagnes de l'altiplano, qui regroupe le plus de population : ce secteur se distingue de celui des grandes exploitations agricoles situees principalement a l'est du pays, dans la region de Santa Cruz). L'agriculture de la region de Santa Cruz est caracterisee par la tendance a la monoculture, l'uniformisation, le recours a l'industrie agro-alimentaire, tandis que les paysans "campesinos" continuent a pratiquer une agriculture traditionnelle sur de petites unites productives, qui se caracterise par un manque criant de moyens techniques: evoquons a cet egard la posture toute courbee de paysans travaillant dans les champs sans tracteurs, posture eternisee chez de vieilles personnes croisees dans les villages, litteralement pliees en deux. La part de la production "campesina" n'a cesse de diminuer dans le pays au profit des productions uniformisees de la region de Santa Cruz (beaucoup de soja, canne a sucre, riz, mais, pommes de terres "hollandaises" destinees notamment a l'exportation au detriment de 40 varietes de pommes de terre natives ayant disparu), productions dont un des inconvenients est de conduire a une deforestation du pays (deja de 300000 hectares): " l'industrie agro-alimantaire, la petite et grande production a Santa Cruz est insoutenable d'un point de vue ambiental"  (Diplo). D'un autre cote, en raison du manque d'investissements en leur faveur (" la grande majorite des unites productives paysannes indigenes n'ont pas les conditions suffisantes pour developper leur activite economique, l'acces aux ressources naturelles (eau et terre) et sont en train de perdre leurs marches") beaucoup de paysans sont contraints a un exode vers les villesou ils ne trouvent pas forcement de bonnes conditions de subsistance (cf par exemple tous les enfants obliges de travailler). (Diplo: "la perte de leur activite economique les demunit de leur outil pour gagner de l'argent au marche ainsi que de leur capacite d'auto-suffisance alimentaire, ce qui developpe la population dependante de produits alimentaires industriels et detruit les conditions de securite et souverainete alimentaire du pays").

    Au moment de conclure leur article, les auteurs estiment que la Bolivie se trouve a une etape de choix cruciaux, pour ne pas se laisser envahir par un modele agro-alimentaire favorisant la monoculture, l'exportation et l'uniformisation des gouts, a "un moment propice pour la formulation de politiques publiques de production, distribution et consommation alimentaire renovees, qui prennent en compte les experiences negatives des pays proches, en considerant qu'il existe un contexte international domine par le lobbying d'entreprises sans scrupules avides de tenir les renes de qui s'alimente et selon quelle quantite. Ce panorama ne peut etre replique dans notre pays."

    En tous cas, moi je dis aux Boliviens, continuez a faire de bonnes soupes!

     


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